Compagnie Théâtre en Scène | L’habilleur
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L’HABILLEUR
Libre adaptation du film de Peter Yate et de la pièce de Ronald Harwood
Janvier 1942, L’Angleterre est en proie aux bombardements nazis ; les acteurs valides sont sous les drapeaux, les théâtres brûlent. Dans ce chaos, une troupe de province s’apprête à jouer le Roi Lear. Le « maître » qui dirige la troupe et joue chaque soir les rôles titres des pièces de Shakespeare, se prépare, mais son esprit s’échappe, son corps à bout de nerfs, le trahit. Incapable de se résoudre à l’annulation de la représentation, Norman, l’ombre du maître, son « habilleur », à son service depuis 16 ans, le réconforte, l’encourage et se démène contre l’avis des autres comédiens, pour qu’il assure la représentation…

reproduction

Mise en scène par Vincent Goethals

avec Bernard Bloch, Marc Schapira, distribution en cours…

Scénographie et costumes Anne Guilleray
Lumières Philippe Catalano
Environnement sonore Olivier Lautem

Production Théâtre en Scène
Coproduction Théâtre Berthelot de Montreuil

La pièce

En 1953, j’ai eu la chance d’être engagé par Sir Donald Wolfit qui présentait à Londres une saison sur Shakespeare et d’autres auteurs ; je devais faire de la figuration et donner un coup de main en coulisses, notamment pour aider à créer les effets sonores de la scène de la tempête dans le Roi Lear. Il y avait dans la troupe un autre jeune acteur qui s’appelait Harold Pinter. Peu après le début de la saison, son habilleur ayant quitté la compagnie, Wolfit me demanda de prendre sa place, ce que je fis, par intermittence, pendant les sept années suivantes. Donald Wolfit était un acteur-chef de troupe Shakespearien : il finançait donc sa propre compagnie et jouait tous les premiers rôles. Il tournait dans les îles Britanniques en long en larges et en travers, et jouait rarement à Londres. Ce fut l’un des derniers grands acteurs-chef de troupe, une grande tradition du théâtre britannique qui remonte au 18è siècle, mais qui à l’époque où j’ai rejoint la compagnie, était déjà largement dépassée. Le chef de troupe finançant les spectacles sur ses propres deniers, il était d’une avarice proverbiale, payait ses acteurs le salaire minimum et dépensait le moins possible pour les décors et les costumes. Un autre type d’économie s’est trouvé à mon avantage. Dans le théâtre en vue à l’époque, l’acteur principal employait un habilleur spécialisé qui ne s’occupait que de son maître. Dans la compagnie de Wolfit, parce que cela revenait moins cher, il choisissait comme habilleur un membre de la troupe et c’est comme ça que j’ai obtenu l’emploi qui a changé ma vie.
On a dit que Laurence Olivier réalisait des tours de force alors que Wolfit était forcé de tourner. Il était la cible de nombreuses plaisanteries de la part du tout Londres, mais c’est que ceux qui le moquaient ont choisi d’ignorer ses dons et son extraordinaire talent. Wolfit était un grand acteur qui s’est distingué dans ses interprétations de Volpone, Tamburlaine, Shylock, Richard III, Macbeth et surtout, dans son magnifique Roi Lear. Il avait un registre vocal exceptionnel qui lui permettait de jouer des notes les plus graves ou d’une voix de tête très haute avec la même puissance. Par-dessus tout, Wolfit croyait au théâtre, et la grande capacité du théâtre à enrichir la vie des gens qui de déplaçaient en masse pour le voir. Il est mort en 1968, à l’âge de 66 ans. A cette époque j’étais déjà auteur, et dans son testament, Wolfit avait demandé que j’écrive sa biographie, ce que je fis – Sir Donald Wolfit, CBE, his life and work in the Unfashionable Theatre. Dix ans plus tard, l’idée me vint à l’esprit d’écrire une pièce inspirée par mon expérience. Je voulais écrire un hommage au théâtre et à tous ceux qui y travaillent, avec souvent peu de récompense.
Sans le faire exprès, et sans en avoir vraiment conscience, j’ai créé une image miroir du Roi Lear, les bombardements représentant la tempête, le manque de jeunes acteurs valides faisant échos à l’escorte réduite de « cent chevaliers – six dans la production de Wolfit. Le maître souffre d’une dépression nerveuse, reflet atténué de la folie de Lear, et le personnage central de Norman, l’habilleur, le serviteur dévoué, est un amalgame du Fou et de Cordélia, dont de nombreux spécialistes pensent qu’à l’époque de Shakespeare, ils étaient joués par le même acteur. La pièce n’est pas un documentaire. Le maître n’est pas Wolfit mais un acteur chef de troupe shakespearien qui a une existence propre, même si ce ne serait pas tout à fait honnête de nier qu’il possède certaines des qualités et défauts de Wolfilt. Et je ne suis certainement pas Norman, personnage inspiré par une catégorie particulière de serviteurs du théâtre dont j’ai rencontré de nombreux représentants au début de ma carrière. C’étaient pour la plupart des hommes. Leur vie privée restait cachée. Mais ils s’épanouissaient et s’éclairaient à l’instant où ils passaient la porte de l’entrée des artistes pour pénétrer dans le monde magique où ils étaient le plus heureux.

Ronald Harwood

Ronald Harwood

Né au Cap, en Afrique du Sud, en 1934, Ronald Harwood s’établit en Angleterre en 1951 pour suivre les cours de la Royal Academy of Dramatic Art. En 1953, il se joint à la Shakespeare Company de Sir Donald Wolfit. Il y agit pendant cinq ans en tant qu’habilleur de Sir Donald mais également comme comédien au sein de la compagnie. À partir de 1960, il se met à l’écriture et est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs auteurs britanniques contemporains. Ronald Harwood a écrit pour la scène : Country Matters, The Ordeal of Gilbert Pinford (d’après Evelyn Waugh), The Dresser (L’Habilleur), dont l’adaptation cinématographique, réalisée par Peter Yates et interprétée par Albert Finney et Tom Courtenay, lui valut une nomination pour l’Oscar du meilleur scénario, After the Lions (sur la vie de Sarah Bernhardt), Tramway Road, The Deliberate Death of a Polish Priest, Interpreters, J.-J. Farr, Ivanov (d’après Tchekov), Another Time, Reflected Glory, Poison Pen, Taking Sides (1995), The Handyman (1996), Equally Divided, Quartet (1999), The Guests et Goodbye Kiss. Il est également scénariste des films A High Wind in Jamaica d’Alexander Mackendrick, One Day in the Life of Ivan Denisovitch de Casper Wrede, The 7th Dawn de Lewis Gilbert, The Doctor and the Devils de Freddie Francis, The Browning Version de Mike Figgis (d’après la pièce de Terence Rattigan) et Le Pianiste de Roman Polanski qui a remporté la Palme d’or du 55e Festival de Cannes, en 2002. Il est aussi l’auteur de plusieurs romans, dont Home qui a reçu le prix du Jewish Quaterly dans la catégorie fiction en 1994. Par ailleurs, il a écrit The Faber Book of Theatre et un livre sur l’histoire du théâtre intitulé All the World’s a Stage. Il est aussi l’auteur d’une biographie Sir Donald Wolfit CBE : His Life and Work in the Unfashionable Theatre.Commandeur de l’Empire britannique, Compagnon de la Société royale de littérature en 1974, Ronald Harwood a été président du PEN Club international de 1993 à 1997, organisme dont il présida la section anglaise durant les quatre années précédentes. En 1996, il a été nommé Chevalier de l’Ordre National des Arts et des Lettres et, en 1999, Compagnon de l’Ordre de l’Empire britannique.

Note d’intention

Il n’est pas vraiment question ici de mettre en scène mais plutôt d’accompagner deux immenses comédiens et de les aider à se dépasser. Il ne s’agit surtout pas de concept et de relecture ; juste une adaptation intelligente et fine du film de Peter Yates (1983) lui-même inspiré de la pièce de Ronald Harwood (1980). Il s’agit pour moi, avant tout, d’accepter d’être témoin d’une rencontre entre deux acteurs que j’aime, que j’admire et qui ont envie, guidés par moi, d’emprunter des sentiers différents, de prendre des risques, d’oser l’inattendu, la surprise, l’inconfort. En écrivant L’Habilleur, Ronald Harwood, lui-même ex-habilleur, voulait de toute évidence rendre hommage aux artisans du théâtre qui oeuvrent dans l’ombre… Paradoxalement, c’est en créant deux personnages magistraux, et en faisant un cadeau unique aux artisans de la lumière, aux acteurs, qu’il rend compte des coulisses du monde du théâtre. Et je ne doute pas qu’il va me permettre d’assister, tout comme le public, à ces moments troublants où deux grands comédiens, sans orgueil ou fausse pudeur, avec humilité et acharnement, osent prendre des risques et jouent sans autre filet que mon oeil reconnaissant. C’est à Bernard Bloch, ayant déjà interprété pour moi un Volpone inoubliable, que j’ai confié ce rôle de cabot insupportable et étonnamment humain et touchant qu’est Sir George, personnage qui vit sur une planète théâtrale si loin de la nôtre, sans jugement ou préjugé mais avec une générosité qui n’a d’égal que son talent. A Marc Schapira, acteur fidèle que j’ai dirigé maintes et maintes fois et qui ne cesse de m’étonner, je lui propose de s’aventurer dans des zones obscures où je ne l’ai que très rarement vu aller, le faire sans mépris ou envie d’épater mais avec intelligence et vérité. Je souhaite voler à ces deux interprètes précieux un moment d’intimité, d’inspiration et de magie. On dit parfois qu’un comédien a rencontré son personnage et que c’est chose rare et précieuse… C’est à cette rencontre que je souhaite m’atteler en montant cet « Habilleur » de Ronald Harwood, avec ces deux complices amis.
A un moment charnière de ma vie de metteur en scène, embrasser cette oeuvre, c’est me réinterroger sur les fondamentaux qui ont façonné mon parcours théâtral : un théâtre comme écrin, des mots d’auteurs pour truchement, des acteurs en émotion et un public attendu et complice pour un rendez-vous simple et intense.

Vincent Goethals

INFORMATIONS

Création les 7, 8, 9 et 10 octobre 2020 au Théâtre Berthelot de Montreuil
Représentations les 14 et 15 janvier 2021 à l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Diffusion spectacle

Vincent Goethals
06 08 80 73 58

vincentgoethals(at)theatre-en-scene.fr